
Traiter l’humain comme un objet a souvent suscité réprobation et indignation. À juste titre, philosophes et humanistes y ont vu la marque de l’asservissement, de l’aliénation, de la réduction de l’individu à un numéro… Or les développements technologiques de ces dernières décennies dévoilent un phénomène surprenant. L’attirance pour les objets dits intelligents est devenue universelle et quasi vitale. Mais nous n’attendons pas seulement des chatbots qu’ils nous « parlent », des IA qu’elles « raisonnent » ou des algorithmes qu’ils « prennent des décisions ». Nous voulons leur ressembler, et nous nous laissons traiter comme des objets dans l’espoir d’acquérir leurs qualités : être toujours hyperconnectés, réparables, améliorables, renouvelables, voire devenir immortels…
Retraçant l’histoire de nos relations ambivalentes avec les objets, ce livre analyse cet étrange désir de n’être plus qu’un objet, quitte à en finir avec la conscience, la finitude et la vie.
Qui est Jean-Michel Besnier ?

Jean-Michel Besnier est philosophe, professeur émérite de l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de la philosophie des techniques.
Auteur de nombreux ouvrages dont L’Homme simplifié (Fayard, 2012), Demain les post-humains (Fayard, 2012) et co-auteur des livres intitulés Les robots font-ils l’amour ? (Dunod, 2016) et L’humain augmenté (Editions de l’Aube, 2022)
Le mot de Jean-Michel Besnier aux lycéens jurés:
Chères lycéennes, chers lycéens,
Vous êtes-vous parfois reproché d’être trop attaché(e)s à des objets ? Non seulement à votre smartphone, mais aussi à un bijou, une peluche, une raquette de tennis… ? Moi, si. J’ai le sentiment que les objets nous enchaînent. C’est pourquoi j’aime la philosophie quand elle entend nous arracher au monde sensible et nous inviter à pénétrer le monde des idées. Les sciences me séduisent aussi quand elles déréalisent notre représentation du réel, comme le fait la physique quantique.
J’ai écrit ce livre pour mieux comprendre cette ambivalence qui nous porte à aimer et à détester tout à la fois les objets. Je l’ai fait aussi parce que j’ai découvert des comportements extrêmes dans l’univers des technologies qui nous immerge : loin de prétendre résister aux objets ou simplement « faire ami » avec eux, de drôles d’humains veulent aujourd’hui fusionner avec eux et échapper à la mort en devenant des cyborgs. A leurs yeux, les objets que produisent nos technologies sont toujours réparables, perfectibles et remplaçables. En ce sens, ils pourraient offrir le salut et l’immortalité aux êtres vivants, fragiles et mortels que nous sommes. J’ai voulu enquêter sur les illusions produites par les technologies créatrices de virtuel et d’intelligences artificielles, et rappeler mes contemporains à la vie – quelquefois par le rire…